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 we're broken people now (hernan)

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OCCUPATION : chef de chirurgie générale dans clinique privée / chirurgien spécialisé pour les "particuliers"

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AVATAR : Oscar Isaac
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MessageSujet: we're broken people now (hernan)   Mar 16 Jan - 2:08


Hernan Guerra
Ft. Oscar Isaac

identité
Nom et Prénom(s): Guerra, patronyme belliqueux hérité d'une ascendance paternelle mexicaine qu'il n'a jamais pu connaître, et García,  patronyme maternel. Deux noms de famille, dans la plus pure tradition hispanique. Hernan, abrégé d’Hernando que sa mère adorait tant. Heraclio, seul souvenir d’une grand-père paternel qui ne l’a jamais vu naître. Alias: Aucun. Âge: 38 ans. Lieu de naissance & nationalité: Né à Ciudad Benito Juárez, dans l’Etat mexicain de Nuevo León. Il est né mexicain, et bien qu’il ait vécu aux Etats-Unis toute sa vie, il tient à conserver sa nationalité. Métier: Chirurgien général de formation, il travaille dans une clinique privée où il est devenu chef de département dans sa spécialité… les soins aux mutants et mutés ; chercheur en génétique clinique à ses heures perdues… quand il en a. Statut Civil: Oiseau migrateur. Orientation Sexuelle: Hétérosexuel par culture et par défaut: la question ne s’est jamais posée. Affiliation: Aucune, car à ses yeux toute forme d’extrême est un danger.

Groupe: Homo Mutari.

a time for heroes
Chemokinesis > Il peut manipuler, générer ou absorber des substances chimiques. Cela va de combiner de l'oxygène et de l'hydrogène pour faire de l'eau, à absorber des vapeurs toxiques ou des poisons. A la fois don du ciel et malédiction, il a toujours eu cette capacité, bien qu'elle soit accentuée avec la croissance. Il a consacré une bonne partie de sa carrière à tenter de comprendre, et surtout à en expérimenter les limites. Le scientifique qu'il est a rapidement compris à ses frais que la loi fondamentale de la chimie, énoncée en son temps par Antoine Lavoisier, continuait de s'appliquer: rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Une erreur de composition peut créer une explosion qui balaiera tout, une substance créée le sera au détriment d'autres. Jouer avec la chimie élémentaire, c'est mettre sa vie et celles des autres dans la balance.

De même, l'homme n'est pas invulnérable, au contraire. S'il possède une résistance augmentée aux produits chimiques car son corps les évacue mieux que personne, il existe un seuil de trop plein, une limite qui est atteinte brusquement, sans prévenir; et croyez-en l'apprenti chimiste, il est des substances avec lesquelles il ne fait pas bon jouer les apprentis sorciers, sous peine d'y perdre la santé... ou la raison. Chaque utilisation, pourtant utile dans la vocation qui est la sienne, se fait avec prudence, et il a plus d'une fois failli y perdre la vie. Cette fragilité s'exprime aussi dans le traitement médical, puisque cette particularité fausse l'utilisation de tout médicament qu'il s'administrerait, puisque chaque substance chimique trouve chez lui une réaction différente.

Il est perpétuellement à la recherche de l'origine de cette mutation, qu'il a identifiée en cartographiant son propre génome. Sa théorie, impossible à prouver puisque toute trace en a disparu, trouve sa source dans l'exposition prolongée à des gaz chimiques que sa mère a subi alors qu'elle était enceinte, exposition qui l'a laissé orphelin de mère. Mais ce n'est qu'une thèse, et peut-être simplement le moyen pour le cartésien qu'il est de rationaliser sa mutation.

the interview
Quelle est la pire chose que vous ayez faite dans votre vie ?
 La pire chose est, bizarrement, aussi celle qui reste un accident complet. J’ai estropié ma sœur à vie à cause de cette foutue mutation. Je jouais à l’apprenti sorcier, sans encore comprendre les bases les plus élémentaires de la chimie. Les gamins sont cons dans leur majorité, mais je me croyais plus puissant que tous les autres. Jusqu’au jour où quelqu’un d’autre a payé le prix de mes conneries. J’ai voulu lui montrer Dieu sait quoi, perché dans le grand arbre qui nous servait de perchoir. Elle voulait toujours me suivre partout. Le gaz nous a pété à la gueule, elle a basculé en arrière, a été se briser la colonne sur une branche basse avant de finir sur le sol. Depuis, elle vit sur quatre roues simplement parce que j’étais trop con. C’est impossible de pardonner ça, surtout pas à soi-même, mais ma tante a trouvé la force de ne jamais m’en vouloir. Je n’ai pas eu sa force de caractère. Il y a des démons avec lesquels il faut apprendre à vivre.
Quelles sont les choses qui vous font le plus peur ?
Y’a un paquet de trucs qui me font flipper, mais j’arrive à ravaler ça et à pas trop en montrer. Faut pas laisser voir ses faiblesses au reste du monde, sinon ils vont viser la jugulaire. Je traîne des casseroles, comme tout le monde. Les drogues ça a jamais été mon truc, parce qu’au final ça fait pas effet pour moi… l’ironie. L’alcool, ça marchait bien. Et cet abîme-là c’est un qui vous tend les bras en permanence. Ça s’arrête jamais, ça vous chante à l’oreille comme une foutue sirène. Des peurs y’en a d’autres. Dieu me soit témoin, je supporterais pas de perdre les miens. Je suis mexicain, après tout, et ton clan c’est sacré, chez nous. Bizarrement, cela inclut depuis peu Kirk. Je ne saurais pas vraiment expliquer pourquoi, mais on s’est vite adoptés, lui et moi.
Avez-vous des regrets ?
Vous avez la journée ? J’ai fait pas mal de conneries dans ma vie, certaines que je regrette plus que d’autres. Mais je n’ai ni l’envie ni le temps de faire une liste. J’ai décidé de consacrer le reste de mon existence à tenter de réparer le mal que j’ai fait, aux autres ou à moi-même.

Le gouvernement se montre solidaire avec les mutants,
mais pensez-vous que c'est vraiment le cas ?

Le principe même de la politique, c’est de changer d’avis. Alors ils sont solidaires avec les mutants, jusqu’à que l’opinion publique se retourne et que les mutants ne deviennent la cause de tous les problèmes du monde contemporain. Sans oublier que cette solidarité n’est pas désintéressée et a ses limites. Il existe des mutants puissants, dont le gouvernement a bien conscience qu’il ne ferait pas bon irriter. Et pendant que le gouvernement est solidaire, des mutants meurent dans les rues, dans des labos, dans l’indifférence la plus générale. Dieu seul sait ce qu’il se passe dans certains laboratoires, publics ou privés. Solidaires… Laissez-moi rire. Voilà pourquoi je me suis tourné vers le privé et la recherche financée par des mécènes. Je sauve des vies. Pas souvent, parce que chaque mutation change radicalement la façon dont le patient va réagir aux soins. Mais j’aide, pas comme cette solidarité de façade.
Et vous, qu'est-ce que vous en pensez des mutants ?
Intéressante question à poser à quelqu’un qui entre dans cette catégorie, vous ne croyez pas ? J’ai toujours eu une drôle d’impression avec ce mot. « Mutant ». Y’a quelque chose qui vous met d’office mal à l’aise, là-dedans. Je le suis depuis que je suis né, en tous cas d’aussi longtemps que je me souvienne. J’en ai vu de toute sorte, des mutants. Des contents de leur sort, mais y’en a pas beaucoup. Des hargneux, des désespérés, des abandonnés, des fatigués, des désemparés, ça, oui, j’en ai vu beaucoup. On est entre deux mondes, incompris des uns sans réellement former une communauté avec les autres. C’est pas simple, d’être la brebis galeuse. Rejeté par les uns, objets de curiosité pour les autres, il y en a surtout beaucoup qui ne savent plus ce qu’ils doivent faire. J’en ai fait partie, un jour. Je sais ce que c’est de toucher le fond. Et je pense qu’il y a trop de « mutants » sur lesquels on met un label et puis qu’on laisse à leur sort.
On parle beaucoup moins des augmentés (super-héros/super-vilains),
que pensez-vous d'eux ?

Grand bien leur fasse, mais s’ils pouvaient éviter de jouer ensuite les filles de l’air ou de détruire la moitié d’une ville pour une brouille entre potes, ça aiderait probablement aussi. Je force le trait, mais en soi il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Ils portent des nouveaux noms aujourd’hui, mais en soi l’histoire est la même depuis des siècles : tout le monde essaie de dominer son voisin. La seule différence est que la technologie actuelle permet de dépasser les limites que la nature avait posé.
Et l'homo sapiens, dans tout ça, où se situe-t-il ?
Honnêtement ? Je pense que l’Homo Sapiens dominera toujours. Ils finiront par inventer le moyen de mettre fin aux mutations, ou de les détecter, ou ils mettront définitivement à part tous les différents. J’en ai fait partie, de ces gangs de mutants et de non-mutants, qui s’affrontent dans les rues des villes en jurant l’annihilation mutuelle. Il y a des gamins, mais pas que. L’Homo Sapiens est l’espèce la plus violente de la planète, et on a déjà prouvé depuis longtemps qu’on pouvait retourner cette violence contre les nôtres. L’Homo Sapiens reste l’espèce la plus nombreuse, et quand tout l’espèce décidera quelque chose, les « mutants » n’auront plus qu’à courir, car nous ne serons pas écoutés.

IRL
Pseudo/Prénom : yavana/lucie. Âge : 23 ans. Genre (♂|♀|⚧...) : Moitié Time-Lady, moitié Hobbit Fréquence de connexion : Autant que possible, mais je dirais au minimum le weekend. Comment avez-vous trouvé le forum : C'est la joueuse de Kirk qui m'a rameutée. Qu'en pensez-vous : Que de beauté ! Et ça fait plaisir un forum "mutants" accessible qui demande pas un doctorat en comics pour s'y inscrire   . Crédits : .nephilim / tumblr.



Dernière édition par Hernan Guerra le Mer 7 Fév - 14:38, édité 7 fois
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MessageSujet: Re: we're broken people now (hernan)   Mar 16 Jan - 2:10



HISTOIRE


Someday I’ll accept what I have done
« Hernan ! Hernan, regarde-moi ! Regarde-moi quand je te parle ! » Mais le gamin ne veut pas le regarder. Il fixe obstinément le sol, tentant vainement de discerner à travers le flou de ses larmes les points noirs sur le carrelage blanc. L’odeur de Dettol lui pique le nez, empirant les larmes qui coulent déjà sur ses joues. Ou bien est-ce la main large et calleuse de son père serrée impitoyablement autour de son bras ? Il veut juste que ça s’arrête. Revenir en arrière. Ne pas se fâcher. Ne pas s’énerver. La ramener. Et son beau-père qui tonne de sa grosse voix ce nom amoché, avec cet accent irlandais épais comme la mousse d’une Guinness. Il n’a jamais su prononcer les noms hispaniques que sa mère a choisi, alors il l’a toujours appelé Hernan, et son accent venu tout droit du Nord de l’Irlande donne à ce prénom une saveur qui avait toujours rendu fier le gamin. Mais pas aujourd’hui. Cette nuit ce nom qui vrombit à travers les cordes vocales de celui qui l’avait élevé comme son fils semble étrangement menaçant, et le jeune Hernan, luttant contre la prise de son père qui se resserre sur son bras, sent la main griffue de la peur l’emprisonner un peu plus à chaque syllabe. « HERNAN ! Regarde ton père quand il te parle, fils ! » Et les sanglots se transforment soudain en hurlements terrifiés, en un flux interrompu et insensés de mots qui se suivent mais n’aboutissent à aucun sens, d’excuses et de suppliques jetées au visage de son père dans une tentative semi-consciente de se faire pardonner, et d’éviter ce qui va suivre.

PLAF. La large paluche s’abat sur sa joue dans un claquement mou, et soudain la peau lui brûle là où la paume cornée a rencontré la chair que l’enfance rend encore tendre. Il s’est arrêté de pleurer, et reste prostré là, dans un silence choqué. Il connaît les baffes. Il en a déjà reçu. Ça fait partie de la vie. Chez eux, on est élevé comme ça. Mais son cerveau est vide. Son esprit d’enfant est épuisé par une journée trop longue d’émotions et de larmes. Soudain se père se relève de sa position accroupie, longue carcasse maigre d’un mètre nonante. Son père lui a toujours inspiré ce mélange doux-amer de crainte et de respect. Mais là… C’est la terreur qui lui serre le ventre alors qu’il baisse sur lui ses yeux clairs d’Irlandais. Et sans un mot de plus, la large main qui n’a pas lâché son bras le tracte vers la porte de la chambre d’hôpital, puis dans la chambre. La porte se referme derrière eux en silence, et Hernan garde les yeux baissés, car il ne veut pas voir, jamais, par pitié, ce qu’il sait qu’il va voir. « Monsieur ! Les enfants ne sont pas aut– » L’infirmière est condamnée au silence par le regard furieux que lui lance son père. Même elle, instinctivement, sait qu’il ne faut pas contrarier un homme dans cet état. « Tu ne veux pas parler ? Eh bien alors, regarde ! » Et soudain l’autre main se resserre sur son menton, les doigts calleux s’enfonçant dans ses joues, et le force à relever la tête. « Regarde ! Regarde ce que tu as fait à ta sœur ! »

Et il voit. Il voit le petit corps de sa sœur, sous les couvertures. Cette carcasse trop frêle qui s’est brisé comme une brindille au pied du grand arbre du parc alors qu’il tendait désespérément la main vers elle. Il voit les tuyaux et les fils, qui relient à la vie ce corps qui ne devrait plus l’être. Il voit la main, posée sur le matelas, cette main qu’elle tendait vers lui et vers le ciel. Puis soudain il croise le regard rougi de sa mère, ou du moins celle qu’il considère comme telle. Et alors, son cœur d’enfant s’arrête, rate un battement, puis repart dans une course folle. Parce qu’en plongeant dans les iris sombres de sa mère, il comprend qu’il a brisé quelque chose qu’il ne pourra jamais réparer. Elle l’aimera toujours, et il ne le sait pas encore, mais les années à venir lui prouveront que sa mère ne lui reprochera jamais « l’accident » de sa sœur. Mais il sait, instinctivement, qu’il a porté sans le vouloir un coup dont sa mère ne se remettra pas. Il sait. Et la culpabilité s’alourdit encore, s’ajoutant à celle de ce qu’il a fait à Mercè, et elle s’insinue dans chaque fibre de son être. Et cette culpabilité est de celles dont on ne se défait jamais vraiment, jamais totalement, jamais pleinement. De celles qui vous suivent une vie entière, vous rongent et vous minent. De celles dont il faut apprendre à vivre avec, à supporter, à accepter. Sous peine de les voir vous absorber complètement.


Sometime I’ll leave the past behind me
Aujourd’hui était une bonne journée. Cette nuit, il avait sauvé une vie, envers et contre tout. Cette nuit, d’une certaine façon, il avait repoussé les limites de la médecine. Cette nuit, il avait opéré sur ceux qu’ils désignaient sous ce terme « mutants » qu’il détestait tant. Comme s’ils étaient tous identiques et uniformes, alors qu’aucun n’était pareil à son prochain. Le métabolisme de chacun de ces individus particuliers avait son fonctionnement propre, ses faiblesses et ses dangers.

Son regard flotta sur le tableau qui indiquait la date. Et un détail le frappa. Cela faisait un an.

Un an que, abruti par son éternelle gueule de bois, il était entré dans une de ces réunions peuplées de gens alors comme lui, pour parler, enfin. Un an qu’il avait pris la parole. Un an qu’il avait décidé d’arrêter. Un an qu’il avait commencé à rassembler les pièces éparpillées de sa vie.

Un an qu’il avait touché le fond.

Un an que quelqu’un lui avait tendu la main.

Qu’était-il, alors ? Un énième désespéré noyé dans la liqueur, parce que c’était la seule substance qui avait réellement de l’effet sur lui. Dévoré par des démons anciens et nouveaux auxquels il refusait de faire face, il avait préféré plongé dans l’abîme.

Il avait renoué avec sa vie d’avant. Cette vie d’avant la médecine, cette vie d’adolescent perdu, cette vie de violence. Il avait repris du service dans sa « famille criminelle », parce qu’on ne quittait jamais vraiment un gang, preuve s’il en fallait le tatouage qui courait sur son bras. Ce genre de pacte était scellé dans le sang, et il vous restait collé au corps et à l’âme toute votre vie. C’était la meute, le clan qui vous avait fait sien, et c’étaient eux qui vous donnaient le droit de partir, jamais vous qui partiez.

Aujourd’hui, il était là. Un an après. Un an à se libérer, à devenir quelqu’un dont sa famille serait fière. Sa tante, son oncle, sa cousine. Mercè. Ces gens l’avaient élevé comme leur fils, et encore aujourd’hui ils étaient pour lui sa famille. Sa mère, son père et sa sœur. Les seuls qu’il avait connu. Il avait une fois arraché la vérité à sa tante. Sa mère biologique lui avait survécu quelques heures à peine, et son père désemparé avait abandonné le nouveau-né à sa belle-sœur et son mari. Ils l’avaient élevé sans poser de questions, comme s’il était leur fils. Et puis était née Mercè. Douce Mercè, qu’il avait détruite quelques années plus tard. Adolescent coupable qui avait fui la vue de sa sœur en chaise roulante, trouvant son échappatoire sur les chemins de la perdition. Il avait malgré tout étudié la médecine, trouvant dans les études un déversoir à cette haine delui-même qui ne le lâchait jamais. Il voulait comprendre, trouver la solution. Mais la solution, malgré des années de chirurgie, il ne l’avait jamais trouvée. Alors il avait replongé dans l’abîme.

Aujourd’hui, cela faisait un an pour lui. Il n’était pas un homme nouveau, on ne le devenait jamais. On était mieux que l’homme d’avant, un patchwork recousu des fragments d’avant, mais jamais un homme nouveau. Cela faisait un an pour lui, mais combien d’années pour eux ? Combien d’années sans nouvelles, sans un mot, sans un signe ?

Aujourd’hui, cela fait un an pour lui. Et trop longtemps pour eux.

Il colle le téléphone à son oreille, et la sonnerie semble résonner dans le vide. C’est une voix de femme qui lui répond, mais avec une douceur dans le timbre qu’il reconnaîtrait entre toutes. « Bonjour, hermanita. C’est Hernan. »


For now I accept who I’ve become
Le ciel se vidait en long filets fins qui recouvraient la surface d’une fine couche brillante. C’était l’une de ces pluies glacées et collantes, qui vous transperçait jusqu’aux os, et semblait vous atteindre jusqu’à l’âme. Les gens se pressaient dans les rues, le coup engoncé dans les épaules, la tête basse, comme si se démolir la structure du dos allait minimiser la pluie qu’ils se mangeaient. Mais tous autant qu’ils étaient, anonyme dans cette nuit humide et triste, ils ignoraient ce qu’était réellement ce liquide qui leur dégouliner sur le visage. Ils pensaient tous que c’était là d’inoffensives gouttes d’eau. Et lui, lui fendait les rues avec à l’arrière de la bouche le goût acide de ces gouttes tombées des cieux. H2O, peut-être, mais pas que. Il y avait là-dedans tout ce que les Hommes rejetaient dans les hautes sphères, croyant dans leur arrogance que le cycle continuerait, vertueux au point de filtrer les poisons dont ils engorgeaient leur propre planète.

Dans un grognement d’agacement contenu, Hernan bifurqua soudainement dans une allée, une de ces ouvertures étroites qui servaient d’arrière-cour aux bâtiments dont le pignon s’affichait dans les deux rues adjacentes. Comme n’importe qui, il évitait habituellement d’emprunter ces coupe-gorges en pleine nuit, mais aujourd’hui sa mauvaise humeur et cette pluie collante avaient eu raison de sa présence. Traversant l’étroit boyau qui évoquait vaguement une poubelle à ciel ouvert, il croisa quelques employés de restaurants qui fumaient leur cigarette après le service du soir. Il était dans le quartier hispanique, et s’intégrait assez pour ne pas attirer l’attention. Resserrant le caban de laine qu’il portait par-dessus son costume, il s’écarta brusquement quand la porte d’un restaurant s’ouvrit et qu’un employé jeta en jurant une poubelle directement à l’extérieur, la porte se refermant sur lui et les odeurs douteuses de l’arrière-boutique. Désespérant intérieurement de la saleté chronique de New-York, il allait continuer son chemin quand une ombre dans le coin de son regard lui fit tourner la tête.

Il ne l’aurait pas vu s’il ne s’était pas déporté sur le côté. Acculé dans un coin, l’autre le regardait avec dans le regard ce qu’il ne pouvait décrire que comme une peur enragée. Il y avait de la douceur dans ce regard brun, mais écrasée sous tant d’autres choses qu’il n’eut d’autre choix de marquer l’arrêt. Il inspira longuement, faisant mentalement le tri de ce qu’il sentait, confirmant ce que la pâleur de ce pauvre hère lui disait déjà. C’était juste un instinct, parce qu’il lui aurait fallu le toucher pour en être certain, mais cela aurait été comme caresser un chien prêt à mordre. Hernan scruta encore quelques instants cet inconnu, avant de s’accroupir lentement. L’autre était émacié, fatigué, affaibli. Pourtant il y avait quelque chose d’autre qui se dégageait de lui, comme l’aura triste d’une grandeur déchue, d’un bonheur perde, d’un espoir pas totalement renoncé. Pourtant il savait que l’impitoyable réalité des rues de New-York finirait par avoir raison de ce qu’il restait de bon. Hernan l’avait expérimenté, et peinait encore à revenir de l’abîme dans laquelle il avait plongé. Le mexicain osa une esquisse de sourire. « Qu’est-ce que tu fais là, l’ami ? » L’autre le scruta avec plus d’intensité, comme surpris qu’il s’adressât à lui. Mais ses lèvres restèrent obstinément scellées. Pas que cela surprenne réellement Hernan. Il savait. Après un certain temps dans cette jungle, les secrets étaient la dernière chose qui appartenait à un être abandonné à lui-même.

Il ne parviendrait pas à s’expliquer, plus tard, la raison de ce qu’il fit ce soir. Mais il ne le regretterait jamais. Peut-être à cause de l’immense bonté dans le regard épuisé de cet inconnu. Ou peut-être l’intelligence qui sommeillait sous l’épuisement, potentiel qui se verrait gâché à jamais. Ou peut-être parce qu’il lui rappelait ce qu’il avait été, et combien il devait à celui qui, des années plus tôt, lui avait tendu la main.

Mais ce soir-là, après un long moment passé dans une discussion plus proche du monologue, Hernan obtint de l’infortuné son prénom – Kirk – et plus tard, alors qu’Hernan s’attelait à continuer ses recherches pour un cas compliqué, il avait arraché à l’impitoyable New-York un homme qui ne méritait pas d’y mourir.


And now I see clearly
Un râle l’arracha au sommeil agité dont il était le martyr depuis le début de la nuit. Il se redressa, dégoulinant d’une sueur poisseuse, avec l’impression distincte qu’un éléphant était assis sur son sternum. Instinctivement, ses doigts se portèrent à son cou, la douleur fendant ses muscles crispés et lui arrachant une grimace. Chercher le pouls, trouver le rythme, évaluer les risques. Ses deux doigts se posèrent sur une carotide où le rythme était à peine perceptible, constat qui se renforça avec l’impression distincte que son cœur allait lui sortir des côtes. Il avait poussé sa chance, trop fort, trop vite. Il le savait, sinon pourquoi serait-il retourné chez lui en catastrophe ce soir-là ? Il avait espéré que cela passe, mais la nuit venait de le surprendre en détresse respiratoire et cardiaque, et seul, désespérément seul.

Sortir du lit. Une sorte d’instinct de survie omnipotent lui hurla de sortir de là, d’aller trouver quelqu’un, quelque chose. S’il arrivait au labo… Il voulut s’asseoir et se lever du lit, mais ses muscles crampés hurlèrent sous l’effort, abandonnant toute participation dans cet effort désespéré. Son cœur se déchira presque sous la pression. Respirer. Ce bruit sourd ? Respirer. C’était lui. Ecroulé sur le plancher. Respirer. La douleur le tordait, le contorsionnait dans le noir qui se refermait lentement sur lui… Respirer. Mais il n’y arrivait plus. Il implosait. Son corps se refermait sur lui-même, empoisonné par sa propre témérité. Respirer. Il happait l’air par petites bouffées. Respirer, mais cela valait-il la peine ? C’était la fois de trop. Pas d’échappatoire, cette fois. La cruauté de son esprit cartésien qui s’obstinait à rester lucide malgré son corps qui mourait lui imposa soudain une question : combien de temps ? Combien de temps mettait-on à mourir ? Il était chirurgien. Il le savait. Il savait ce qui allait arriver. Les crampes l’avaient paralysé entièrement. Il allait mourir asphyxié, de sa propre paralysie. Il en aurait ri, s’il le pouvait encore.

Un claquement, soudain. De la lumière qui lui vrilla les pupilles. Ou était-ce ses neurones qui grillaient sous le manque d’oxygène. Un contact sur sa peau en feu, soudain. La fièvre l’avait engourdi. Des mains ? Des sons ? Mais il n’entendait plus que le râle désespéré qui… une seconde. C’était lui qui émettait ce couinement ? Par réflexe soudain, sa main vint s’accrocher à quelque chose, les muscles crampés s’enfonçant dans une épaule inconnue. Ou bien connaissait-il cette personne ? Où était-il ? Il se rendit soudain compte qu’il ne voyait plus. Et que la douleur, doucement, s’estompait.

Alors c’était à ça que la mort ressemblait.

L’éveil cette fois fut lent, doux et douloureux à la fois. Corps endolori et conscience dans le coton. Il ouvrit les yeux, lentement, prudemment. …Si c’était une forme de vie après la mort, ça ressemblait vraiment au plafond de sa maison. Il avait l’impression que son corps était en plomb. Respirer. Calmement. Prendre conscience de ce qui l’entourait. La couverture sur ses épaules nues. L’intraveineuse dans son bras gauche. Le masque d’inhalation. Le bip régulier en arrière-plan. Il était définitivement dans son labo, chez lui, il avait toujours du matériel là-bas.

La question était, comment n’était-il pas six pieds sous terre mais dans son labo, en vie et en rémission de sa crise toxique ?

Instinctivement, il voulut se redresser, sa main droite remontant pour enlever le masque. « Laisse ça là. J’ai eu assez de mal à ce que tu ne me files pas entre les doigts. » ordonna soudain une voix teintée d’une fatigue audible. Il aurait sursauté, mais il avait toujours l’impression distincte d’être fait de plomb. Sa main retomba, et il inspira lentement, analysant sans y penser ce qu’il respirait. Oxygène. Presque pur. Il cligna des yeux, laissant doucement sa vision s’éclaircir. « Kirk ?! » La surprise se marqua mollement, alors qu’il avait croassé davantage qu’il n’avait parlé. Il détailla un instant son ami, que sa vision défaillante refusait de rendre parfaitement net. « J’y vois pas des masses, mais même flou t’as une gueule à faire peur. » Un ricanement – il pensait – secoua son ami, car il n’avait pas de meilleur terme pour désigner celui qui venait de lui sauver la vie. « Tu veux un miroir ? » Hernan sourit. Même à travers la fatigue, il avait encore de l’humour.

Il ne disait rien, parce qu’il n’y avait rien à dire. Il savait parfaitement comment Kirk l’avait sorti de là, arraché à une mort certaine. Et cela avait dû lui coûter plus qu’il ne pouvait y penser, car la mutation de son ami était exigeante quand trop utilisée. Une partie de lui aurait voulu dire à son ami qu’il n’aurait pas dû, qu’il avait failli sacrifier sa vie pour la sienne. Mais il méritait mieux que cela. Les explications viendraient plus tard. Il referma les yeux, fatigué de lutter pour se maintenir éveillé, et marmonna simplement un « Kirk ? » Un marmonnement interrogatif lui répondit. « Merci, hermano. »



Dernière édition par Hernan Guerra le Mer 7 Fév - 14:23, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: we're broken people now (hernan)   Mar 16 Jan - 4:47

Oscaaaaaarrrr

Bienvenuuuuue
Sympa le métier du monsieur ça promet
Si t'as besoin d'aide ou des questions, j'suis là aussiiii

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MessageSujet: Re: we're broken people now (hernan)   Mar 16 Jan - 13:12

il a plutôt une belle tête le monsieur et il a l'air intéressant en plus .
bienvenue, hâte de voir ce que tu nous réserves .

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MessageSujet: Re: we're broken people now (hernan)   Mar 16 Jan - 18:57

Bienvenue Very Happy

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MessageSujet: Re: we're broken people now (hernan)   Mar 16 Jan - 19:16

Yavana, ce pseudo me dit vaguement quelque chose...  

Bienvenue en tout cas, hâte de voir ce que nous réserve votre duo !
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MessageSujet: Re: we're broken people now (hernan)   Dim 28 Jan - 20:00



J'viens prendre des nouvelles
Ça avance bien tout ça ?

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MessageSujet: Re: we're broken people now (hernan)   Lun 29 Jan - 20:30

Merci tout le monde

@Axel ça avance, oui !! Mais j'ai commencé mon stage depuis une semaine et mon organisation patauge un peu Donc un petit délai serait sympa
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MessageSujet: Re: we're broken people now (hernan)   Lun 29 Jan - 22:43

Pas de souciiiiiii

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MessageSujet: Re: we're broken people now (hernan)   Mer 7 Fév - 23:28



Félicitations !

Le bibouuuu
Heureusement que Kirk était là pour lui sauver la vie


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Woooh ! Ta fiche correspond à nos attentes, elle est donc validée !

Bienvenue parmi nous
Et bonne chance chez les Homo Mutari !

Maintenant que ça c'est fait, il te reste un tout petit peu de choses à faire encore, avant de vraiment pouvoir prendre ton pied avec nous, il faut aller recenser ton personnage  Tu peux d'ores et déjà aller poster ta fiche de liens et de topics et même une chronologie si le cœur t'en dit

Si ton personnage a un petit chez lui bien agréable quelque part en ville, il faut aller le demander par ici et s'il est vraiment trop à la page, il a sans doute un compte instagram

Enfin, si tu as des idées bien précises et que tu aimerais créer un scénario, pour un lien important avec ton personnage, c'est par là qu'il faut se diriger !  

En espérant que tu kiffes à donf ton séjour sur le forum
 

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MessageSujet: Re: we're broken people now (hernan)   

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